À mort l’artiste

Plusieurs vinyles ont été employés pour ce projet. J’ai sérigraphié à leur surface des textes codés en morse. Je me suis basé sur le texte-manifeste : « À mort l’artiste », disponible ici.

L’enjeu de ce projet se situe dans l’écart qui se situe entre le visuel et le signifiant. Le code, précisément son contenu, contraste totalement avec l’idée d’un propos intelligible et préhensible. Même si le code morse est quelque chose d’assez connu et facile à décrypter, il n’est pour autant pas si aisé aujourd’hui de le comprendre. D’abord parce que nous avons en avons perdu la connaissance et son usage (précédemment employé dans l’armée et les télécommunication en télégramme), ensuite parce que nous avons aujourd’hui développé et intégré de nouvelles technologies de communication.

À mort l'artiste

Certainement, le code morse est devenu obsolète et quasiment employé exclusivement de nos jours par les scouts ou radioamateurs, ce qui ramène à une échelle réduite son utilisation.
Les disque vinyles incarnent ainsi plusieurs dimensions, l’émission d’un sens spontané, incompréhensible, présent tel un parasite incrusté dans un bien de consommation courante. L’installation incite les personnes désireuses d’écouter les disques, les changer, voir même en emporter à la maison ou aller les écouter en d’autres lieux.
L’autre idée de cette pièce est relative à l’innocence, l’anonymat. La plupart des disques sont issues de la musique populaire, de la variété et cela provoque un vrai contraste avec le texte inséré. « À mort l’artiste ! » est une forme de manifeste punk qui remet en question la position de l’artiste contemporain. L’auteur resitue l’histoire du statut et de l’officilialisation de cette stature et revendique l’éradication de toute appartenance à la position d’artiste.

À mort l'artiste

L’artiste serait une instrumentalisation de la bourgeoisie et des systèmes élitaires et sûrement plus un contre-acteur du pouvoir dominant. Il pousse même sa pensée en dénonçant la majorité des artistes comme pleinement conscients de leur compromission au bénéfice des autorités politiques et sociales. Il perdrait alors sa capacité à perturber le monde, offrir une vision critique. Personnellement, je ne pense pas que l’artiste puisse changer le monde, néanmoins je crois qu’il a toujours un pouvoir – même si diminué – à affecter et mouvoir les consciences. Mais, il ne doit pas le faire de plein front. Il devrait exister en dehors des circuits dominants et aliénants et introduire son travail de façon insidieuse, quasi clandestine, et directement relié au quotidien. Avec ce projet, j’essaie de m’éloigner du spectaculaire, de l’impressionnant pour infiltrer le champ domestique. C’est ainsi qu’un travail devient réellement politique.

À mort l'artiste