crassier : amoncellement des déchets, scories, etc.

Contexte

À l’occasion de l’exposition Open Source, Gaspard et Sandra Bébié-Valérian présentent Le Crassier, une extension de Viridis, la ferme à spiruline, un projet au long cours, tentaculaire, qui s’articule autour d’une ferme à spiruline implantée dans les Cévennes et connectée à un jeu-vidéo communautaire. Le projet initié à la mi-juin 2014 a  rassemblé plus de 2000 joueurs dans une démarche active et suscité plus de 75 000 visionnages.

Ce sont ces joueurs qui, par l’intermédiaire du jeu, décidèrent des actions à entreprendre sur la ferme et investirent sur des objets ou actions leur semblant essentielles au bon développement de la ferme et ainsi accéder à une production optimisée de la spiruline. La ferme réelle, équipée de capteurs, offrait un aperçu sur l’état de la culture. Électroconductivité, pH, température, ensoleillement, turbidité, salinité, humidité dans la serre, densité, couleur et odeurs faisaient l’objet d’une actualisation quotidienne et permettait aux joueurs d’aviser des bonnes décisions. Les fermiers établis sur la ferme réelle appliquaient les décisions mais, aussi, par le biais d’un journal de bord pouvaient interagir avec la communauté en prodiguant conseils et retours.

Ainsi, par l’intermédiaire du jeu, la communauté contribuait, agissait et opérait comme conseil. À ce jour et après une saison menée conjointement avec les fermiers, la ferme réelle a été placée en hibernation. Et s’il est vrai que Viridis se déploie sur internet, le duo d’artistes prend également le parti de le faire sortir de l’écran, le déployer, voire l’éclater dans sa globalité.

L’installation

C’est donc un ensemble de modules/installations qui est développé au gré des contextes. C’est dans cette continuité qu’a été développé le Viridarium, un ensemble de bioréacteurs permettant la culture intérieure de la spiruline. Tandis que pour l’exposition Open Source, c’est un laboratoire expérimental qui sera disposé au CEAAC (commissariat COAL).

Tout en se référant à cette définition de Bruno Latour, le laboratoire, c’est le faire faire, c’est le faire exister, c’est-à-dire la réplication, la redondance, le rebondissement de l’action par l’artiste (ou par le chercheur) et le recueil de l’œuvre (ou l’autonomie du fait) cette nouvelle installation de Gaspard et Sandra Valérian a dévoilé un espace à la fois bricolé et sauvage, combinant animisme et science, un lieu ouvert où sont synthétisés, infusés, broyés les intrants alternatifs à la culture de spiruline.

C’est dans un bric-à-brac improbable, dans cette usine de la survie et de l’invention que vous trouverez le sirop de fer, l’acide phosphorique, la lessive de cendres, la poudre d’os, en somme un lot d’intrants alternatifs et biologiques. Car, si Viridis est une expérience de jeu, immersive et esthétique, elle n’en est pas moins didactique et offre à ses joueurs la possibilité d’assimiler l’ensemble des étapes et des notions fondamentales à la production de spiruline. Les savoirs accumulés tout au long de l’expérience de Viridis sont mis en pratique et rendus publics, dans un esprit de partage et de propagation.

Du prototype rendu visible dans l’espace d’exposition, de l’expérience interconnectée dans les Cévennes, c’est une vision globale, solidaire et innovante qui s’engage sur ce que le commun peut engager. C’est l’hypothèse d’une activation sur le terrain à partir d’un projet artistique.