Cyberfemisme - revolution

Cornelia Sollfrank

 

"Nouveau millénaire, Défis libertaires" (http://cyberfeminisme.org/txt/cyberfemrevo.htm)

conférence zelig 2002, Paris. Traduction Nathalie Magnan, Germinal

 

Tactique de la terminologie.

Parler de "la gauche" - "être de gauche" aujourd'hui- peut paraître un peu bancal, mais ça reste pertinent si la question est définie clairement. Néanmoins parler de "révolution" et d' "être révolutionnaire" semble manquer complètement de réalisme. La personne qui utilise un tel vocabulaire va devenir rapidement la cible de sarcasmes et d'attaques polémiques. C'est la même chose aves les termes "anarchie", "anarchiste", "lutte de classe", etc… mais aussi avec les termes "avant-garde", "avant-gardiste", dans le champ de l'art.

Tout ces termes semblent fonctionner comme des marques commerciales, ce quiveut dire que leur image est plus importante que le contenu qu'elles représentent. En même temps, elles permettent d'être un champ de projection pour les besoin et les désirs individuels. La question est la suivante : les termes, qui ont une forte aura comme "révolution", "anarchie"…. doivent-t-ils être évités, ignorés, bannis ? Au moins ils ont un certain charme, ne serait-ce dans l'anachronisme qu'ils transportent. Et qui plus est, ils peuvent fonctionner comme déclencheur. Leur pouvoir de suggestion peut être utilisé sous certaines conditions pour s'investir de puissance. Ce qui veut dire que pour avoir une efficacité politique qu'on peu transformer ces termes, en les prenant au deuxième degrés. Peut être que ce que ces mots disent n'est pas correct ou peut être ils ne disent pas grand chose, mais ils restent quand même potentiellement mobilisateurs.

Je voudrais maintenant introduire un autre modèle, celui qui a été utilisé par l'artiste allemand Joseph Beuys. Lorsqu'il explique les stratégies mises en œuvre pour son projet "Büro für direkte Demokratie", (bureau de démocratie directe), il dit un jour : " pour moi, l'important était simplement d'accrocher n'importe quel mot au mur, les gens n'avaient qu'à trouver ce mot intéressant. Le terme pouvait alors fonctionner comme un point d'entré dans ce qui est le problème". Son idée était d'utiliser des mots, afin qu'ils fonctionnent comme point d'entrée.

Utilisation tactique du cyberfeminisme.

J'introduis l'idée de l'utilisation tactique du vocabulaire parce que je voudrais l'appliquer aussi au cyberfeminisme. Mais bien sûr ça ne peut pas marcher de la même manière. Quel est la différence avec le cyberfeminisme ? Premièrement le mot "cyberfeminisme" est relativement nouveau et ne se réfère pas à une longue tradition. Dans le mot cyberféminisme, il y a le mot féminisme. L'élément "féminisme" a une histoire qui traverse le siècle dernier, mais qui malheureusement n'a jamais réussi à créer une image romantique comme l'a fait par exemple le mot "anarchisme". A l'opposé, le féminisme a une réputation de plus en plus négative et se trouve associé a des caractéristiques très désagréabl Il me semble important de réinventer et de pratiquer le féminisme au vingt et unième siècle, ma stratégie est de retravailler l'image tout en ouvrant le mot à de plus grands territoires, de lui donner un pouvoir suggestif qui va au-delà de ce que l'on entend habituellement par le mot "féminisme", et ainsi mobiliser des personnes et des énergies. La dimension innovatrice du Cyberféminisme repose dans les implications futuristes du mot cyber, qui -je l'espère- change l'image poussiéreuse et vieillotte du bon vieux féminisme. Le terme "cyberspace" vient de la littérature de science fiction des années 80 et suggère une utilisation futuristique de la technologie, ce qui attaché au féminisme résulte en fait en un terme nouveau et plein de promesses qui peut en fait fonctionner aussi comme un déclencheur.

Histoire du cyberféminisme : L'invention du cyberfeminisme date de l'année 1992, quand en même temps et sans le savoir la théoricienne anglaise Sadie Plant et le groupe d'artistes Australiennes VSN Matrix, se sont mises à utiliser le terme. Plant associe le mot avec la relation des femmes avec la technologie, qu'elle décrit comme intime et subversif. Pour elle, le cyberfeminisme est la réponse théorique au fait que de plus en plus de femmes produisent un travail créatif dans les art électroniques et les technologies du virtuel. C'est le point théorique qu'elle devellope dans son livre "Zero and Ones". Son hypothèse de base est qu'avec la digitalisation de la société arrive aussi une signification féminine. Etant donné que ce mouvement théorique n'est pas évident, elle prend différent fils pour prouver sa théorie, elle les tisse ensemble pour construire le modèle d'un société nouvelle. Le déploiement de structure non-linéaire, décentralisé et non hiérarchique joue un rôle central dans cette transformation. Plant voit en cela "le retour du principe féminin". Néanmoins cette transformation n'est pas le résultat d'intervention politique ou autre, mais apparaît automatiquement et sans effort. Avec cette hypothèse, elle transfère le pouvoir et la créativité humaine sur les caractéristiques inhérentes aux nouvelles technologies et le contexte dont celles-ci émergent, cette analyse peut être appelle techno-déterminisme.

Plant ébauche un modèle utopique et le revendique comme la réalité. Le féminin et la société digitale sont ses sujets favoris, elle les rapproche de manière à ce que ni l'un ni l'autre puisse s'échapper. Néanmoins le sens d'une utopie positive provoque un certain malaise, due en particulier, à son enfermement, c'est un cercle fermé. Dans le développement de son argument, Plant invoque un mix éclectique d'idées. On peut noter son engagement avec les concepts d'Irigaray à propos de la symbolisation féminine, des méthodes historiographiques (c'est à dire, la production de héros, ici d'héroïnes, et des figures d'identification, tel que Ada Lovelace, une méthode que les féministes ont beaucoup critiquées dans les années 80). Apparemment Plant répond à toutes les questions que ce soient celles de l'interprétation Freudienne du tissage pratiqué par les femmes comme une forme d'envie de pénis ou celle de l'universalité de la machine de Turing qu'elle compare à la mimique féminine. Lire Plant d'un point de vue expérimental -- comme si ses commentaires étaient ironiques -- investis le texte d'un pouvoir subversif. Malheureusement, elle le dit d'une manière rigide.

L'approche prise par VNS Matrix, les ancêtre artistiques du cyberféminisme, est plutôt différente. Bien qu'elles partagent avec Plant l'hypothèse que le passage à la société digitale est aussi sa féminisation, leur émissions poétiques à propos du corps féminin est toujours accompagné d'un un clin d'œil. Qui plus est les efforts qu'elle ont faits pour contaminer la technologie avec le sang, la fange, le con (littéralement) et la folie était suffisamment anarchique pour profaner le mythe dominant ramenant la technologie à des jouets pour les garçons (toys for boys).

Il n'est pas très difficile alors de voir comment celles qui sont à l'origine du terme cyberfeminisme l'utilisent de manières divergentes. Au-Delà des différences d'origines -- les notions de 'féminin" et la relation construite entre femmes et technologie -- il y a de multiples variantes : la manières dont des générations de cyberfeministes - -d'ages variés -- utilisent le terme à leur façon afin de désigner des projets, des idées, des mouvements, des idéaux, des attitudes, des activités. Quelque chose de nouveau s'est approprié le même terme ! et la nouveauté dont je parle réside dans l'utilisation tactique du terme, l'appropriation et la redéfinition du terme par un paquet de cyberfeministes qui sont apparues en 1997 et ont fondé Old Boys Network, la première alliance cyberféministe.

OBN et le cyberféminisme.

Nous avons énoncé notre mission ainsi : "OBN est dédié à l'appropriation, la création et la dissémination du cyberfeminisme. Nous voulons construire des espaces réels et virtuels dans lesquels les cyberfeministes peuvent rechercher, expérimenter et agir. Ces activités ont pour but de permettre une présence contextualisée pour des approches différentes, interdisciplinaires et même contradictoires du cyberféminisme ".

L'idée centrale était de prendre le terme cyberfeminisme et de lui donner un contenu à partir de sa propre vision, plutôt que de se plaindre, du travail mal fait par les précédentes. Comprendre le cyberfeminisme comme quelque chose que vous ne pouvez pas apprendre, pas lire, pas comprendre, mais que vous inventez et faites vous-même, a permis d'atteindre une position de sujet à beaucoup de femmes ou de féministes qui pensait avoir atteint une impasse. Qui plus est, mes nouvelles camarades de lutte , d'autres artistes scientifiques et activistes-- étaient prêtes à développer leurs visions personnelles, prête a ouvrir une discussion et former un contexte afin de permettre à cette idée de voir le jour. Si le cyberféminisme n'existait pas avant, personne ne pouvait plus l'arrêter.

Une mailing List et un site web était supposé être le support technique de ce réseau, mais ce qui a donné corps aux idées abstraites d'organisations et l'emergeance d'un discours, ce sont les rencontres en chair en en os appelées les conférences cyberféministes internationales. Je ne vais pas entrer dans les détails de ces conférences parce que tout ça est bien documenté sur notre site web (http://obn.org). Mais il est bon de rappeler les différences structurelles de chacune de ces conférences et les modes de développement de ce réseau.

La première conférence cyberfeministe internationale à eu lieu en 1997 à Kassel en Allemagne et était basé sur l'idée d'une scène ouverte ce qui veut dire que tout le monde peut venir et présenter son approche du cyberféminisme (OBN etait d'accord sur le fait que en prenant le genre en compte, cela voulait dire accepter les femmes dans le réseau, mais "les femmes", dans notre définition, est quiconque s'appelle une femme, et ceci indépendamment de sa biologie.) La scène ouverte à Kassel a produit au moins deux clash : celui de deux générations et celui entre les traditions féministes de l'est et de l'ouest. Ces clash se sont multipliés sur d'autres thématiques comme la théorie sophistiqué versus l'expression artistique, le besoin d'action politique versus l'envie de se faire plaisir. Les différentes stratégies présentées allaient des méthodes éducatives à la production de modèle alternatif de rôle, de l'ironie au refus et de tout ce qui peut se trouver entre les deux. Mais nous avions toutes une préoccupation commune : le féminisme compris comme quelque chose de négatif ou de positif était notre point de référence et la motivation d'une recherche pour un renouveau par le cyberfeminisme. A partir de ce point un des désaccord de base était le rôle que le féminisme devait jouer dans le cyberféminisme. Le petit préfixe cyber n'a néanmoins jamais posé de problème bien qu'il induise sa propre problématique. Nous étions sure que nous allions créer une nouvelle ère, et que le manque de référence commune n'allait pas seulement nous permettre mais demander une nouvelle approche de la politique. Nous étions toutes d'accord pour que nos premiers pas allait être de NE PAS définir le mot. Nous avons donc écris les 100 anti-thèses. Ces anti-thèses définissent clairement ce que le cyberféminisme n'est pas. Voici une petite sélection : Cyberfeminisme n'est pas un isme, Cyberfeminismus ist keine Entschuldigung, le cyberféminisme n'est pas une dame, Cyberfeminismus ist keine Kunst Le cyberfeminisme n'est pas un film d'horreur, le cyberfeminisme n'est pas une idéologie, le cyberfeminisme n'est pas une pipe, le cyberfeminisme n'est pas une seule femme…… (http://www.obn.org puis reading room) L'idée derrière le refus de définition du terme, était de pouvoir ouvrir ce mot. Au lieu d'exprimer des but politiques définis notre intention était d'amener des approches diverses et contradictoires ensemble sur la même plate-forme et de rendre les différences productives par les confrontations, ce que nous avons appelé plus tard "la politique de la dissension". L'attention d'OBN etait porté sur les structures et les formes ce qui permettait des contenus différents et pas tant sur le contenu lui-même. Les contenus, cyberfeministeS etait personnels et individuels. Néanmoins ce qui va avec la politique de la dissension est l'analyse et la comparaison des motivations personnelles, des idées et des buts, de les communiquer et de commencer la confrontation. En même temps, l'idée qui était de rendre les différences productives s'est révélé être une idée plutôt utopique.

Avant de parler des dynamiques du réseau et du travail collectif, je voudrais évoquer les deux autres conférences. La deuxième conférence avait comme titre "la prochaine conférence cyberfeministe" elle a eu lieu en avril à Rotterdam. Contrairement à la première, ce n'était pas une scène ouverte, elle était réalisée par un groupe de 7 femmes qui avait mis sur pied un programme, structuré autour de trois sujet différents" hacking comme méthode et comme métaphore", "les corps coupé et le genre fluide : la pointe des avancées des technologies de l'information", et "féminisme/ activisme/ resistance/intervention/globalisme". Le choix des intervenantes s'est fait par un appel ouvert et la recherche personnelle de chacune d'entre nous pour des intervenantes potentielles. Le processus de sélection avait pour but de circonscrire le champ du féminisme et d'intensifier la discussion sur chacun des thème choisi. Nous avions fixé la date juste avant la Next Five Minutes conférence à Amsterdam, et pour lequel les organisateurs avaient demandé aux OBN d'organiser une table ronde et de faire un rapport sur la "la prochaine conférence cyberfeministe" qui venait d'avoir lieux.

La troisième conférence 'très cyberfeministe internationale' a eu lieu à Hambourg en décembre 2002. Avec plus de 60 participantes, c'etait la conférence la plus importante à ce jour. Elle se décomposait en trois parties et incluait de nouvelles visions du cyberfeminisme des visions controversées. La partie la plus importante s'appelait "concepts de nouvelles frontières" il y avait douze présentations, des féministes d'indymedia aux tactiques cyberfemistes du hardware, des théories de collaboration féministe et cyberfeministe et l'éthique bio-media jusqu'au ' fauteuil de la cyberfeministe dans le réseau underground mexicain'. Une session supplémentaire a été rajouté après le 11 septembre et s'intitulait la terreur des nouvelles frontières. La discussion portait sur la relation entre les politiques mondiales du moment (la guerre en Afghanistan) et le rôle des femmes. Une autre section s'intitulait 'networking-knot working - not working ?', (réseau, faire des liens, ça marche pas ?) dont le but était de discuter d'obn, son statut et son échec potentiel. Cela nous a amené au prochain sujet qui est

Les dynamiques du réseau. Qu'est ce qu'un réseau ? d'où vient t-il ? pourquoi doit il peut-il ? être un échec ? Les réseaux qu'ils soient fait d'humains ou de machines, ont une caractéristique : il ne sont pas juste posés là, mais quelqu'un les a construit. De la même manière que vous avez besoin d'un certain niveau de communication et de discussion pour pouvoir coordonner les choses de base, c'est en général de petits groupes qui commencent à mettre en place. Même si techniquement tout le monde est relié au même niveau , il y a toujours des hiérarchies informelles qui s'installent au travers de la communication " non officielle". Un autre problème c'est que très peu font le travail nécessaire à la maintenance de l'infrastructure. Ce service gratuit est pris comme argent comptant par le reste du groupe, jusqu'à ce que quelqu'un comprenne que monter une infrastructure c'est aussi prendre des décisions organisationnelles. Ce qui est la base de toute politique. Ce qui veut dire que ceux qui font le travail ont les outils et peuvent manipuler.

Le statut difficile du réseau devient plus évident encore quand le réseau est invité à une conférence ou doit écrire un texte pour une publication. Le genre de rezotage qui a lieu dans cet environnement qu'on pourrai appeler la culture du net (ce qui inclus aussi l'activisme politique). Bien que les gens ne soient pas payées pour le travail qu'ils font dans ce contexte, ce n'est pas vrai de dire qu'il n'y a pas une économie derrière. L'économie est différente, basé sur le fait de construire un capital culturel à partir de son propre nom. A mon avis c'est la raison pour laquelle le séparatisme est si développé. Nous avons tous besoin que notre étiquette ait un fort capital culturel. Tout ça se passe bien sur, avec comme décor de fond, le fait que nous sommes tous des idéalistes, se battant pour une bonne cause.

Le fait que la question de création de réseau est essentielle au cyberféminisme est mieux expliqué par une définition du Cyberféminisme donnée par Yvonne Volkart, théoricienne suisse. Elle affirme que "le Cyberféminisme est un mythe. Un mythe est un récit central d'origine non identifiable, ou d'origines multiples. Un mythe est fondé sur un récit central qui est dit et redit dans de multiples variations. Un mythe réfute LE récit unique autant que la vérité unique, et implique une recherche de vérité dans les ESPACES, dans les DIFFÉRENCES ENTRE les différents récits. Parler du Cyberféminisme comme mythe n'est pas le mythifier, c'est simplement indiquer que le Cyberféminisme existe seulement dans la pluralité."

Qu'est-ce à dire que le Cyberféminisme existe seulement dans la pluralité ? Cela signifie que le Cyberféminisme requiert un environnement qui tend à être sans hiérarchies, et donne à une multitude de voix la possibilité de parler et d'être entendues. Et cet environnement est un réseau.

Mouvement

Récemment un journaliste m'a demandé si le Cyberféminisme était un mouvement. J'ai répondu en citant la réalisatrice allemande Helke Sander : "Un mouvement requiert une direction". C'est quelque chose que OBN a tenté d'éviter : faire du Cyberféminisme un mouvement dans une seule direction. Ceci crée une différence fondamentale d'avec la compréhension traditionnelle des pratiques politiques.

Beaucoup de gens pensent qu'il y a une nécessité d'un "nouveau projet féministe", mais ne voient pas de but et de formes adéquats pour un tel mouvement. J'ai du mal à imaginer à quoi pourrait ressembler un mouvement cyberféministe. Je ne peux imaginer le Cyberféminisme séparant le vrai du faux, ou des discussions sur l'inclusion ou l'exclusion. Peut-être que des forces peuvent se réunir pour prendre la même direction, tant qu'il y aura assez d'autres directions possible, et tant que les espaces imaginaires n'auront pas été fermés.

(politiquement) Efficace et attirantE

Je voudrais maintenant terminer par un retour sur l'idée initiale de cette intervention : l'usage tactique du langage, ou des termes. Je pense que le terme de Cyberféminisme a fait carrière durant les dix dernières années, et qu'il a changé la notion de féminisme avec un réel succès. Beaucoup, et particulièrement des jeunes femmes, s'y sont intéressé et ont perdu leur peur d'être appelées "féministes", parce qu'elle trouvaient le Cyberféminisme "cool". Maintenant, elles peuvent être fières de s'appeler elles-mêmes "Cyberféministes". Et le fait que le Cyberféminisme a acquis une énorme présence dans différents champs en est la preuve. Le feedback le plus intéressant que j'ai eu de l'image produite par le Cyberféminisme est un article de l'auteur de SF Bruce Sterling, qui trouve le Cyberféminisme "stylish".

Pendant de nombreuses années, l'aspect important du Cyberféminisme n'était pas son contenu effectif, mais bien plus ce que le terme mettait en jeu, ce qu'il rendait possible. La transformation du potentiel au concret, les textes, œuvres esthétiques, action politiques, discussions, réseaux, évènements, initiatives économiques et éducatives, etc. (et aussi l'amitié)… Tout cela montre que l'idée de créer un espace imaginaire est la première étape nécessaire lorsque l'on veut faire de "quelque chose" une œuvre politique. Pour moi, personnellement, travailler avec le terme de Cyberféminisme et construire des réseaux a été une pratique artistique. C'était une sorte d'expérimentation au sens de prétendre que quelque chose existe pour le faire exister. Une expérimentation avec le pouvoir suggestif des mots, qui n'est évidemment jamais prévisible.

Bien que cela puisse sembler cynique dans un contexte politique, j'aimerais revendiquer que pour devenir politiquement efficace, on doit être aussi attirantE. Il ne suffit pas d'affirmer vos buts, il faut aussi créer une image qui ait le pouvoir d'attirer les gens. Mais quoique fasse le terme, il ne fait pas le travail. Le travail reste à faire.

 

Mise en ligne : lundi 6 janvier 2003WANT TO BE FREE !!! page origine "Cyberféminisme Zelig Conf Dec 2002" http://www.zelig.org/article.php3?id_article=54